30.5.08

le pied !

Quetzalli a 5 mois. C'est une grande fille maintenant...
et même qu'elle va à l'école! Enfin presque, à la garderie!







Et à la garderie, faut pas croire elle travaille... Mademoiselle a des cours de "estimulacion temprana", d'activités d'éveil. Et, selon le bulletin, elle travaille "très bien"! Mais ce qui est bizarre, c'est que c'est le seul bulletin qu'on ait vu, les autres ne nous sont jamais parvenus.
Quetzalli a-t-elle caché ses mauvais bulletins?
Et à la maison, c'est sur son tapis d'éveil qu'elle s'envole... le tapis volant ce sera pour plus tard! passe ton bac d'abord.





























Mais bon, y'a pas que le travail dans la vie (surtout à cet âge-là)...
il y a aussi de nombreux sourires, beaucoup de rires (difficiles à capter avec l'appareil), des pleurs bien sûr...
la vie quoi!




Alors autant prendre son pied!!!

CARTES MEXICAINES, POLY, MAI 2008

¡Viva México! ¡Viva Juárez! ¡Viva el 5 de mayo!

… l'UMP ressemble désormais à une armée mexicaine, sans véritable chef. Tout ce beau monde va se marcher sur les pieds. (1)

Christian Estrosi

5 mai 1862, l’armée française marche vers Mexico. Sur son chemin se dressent la ville de Puebla… et le général Zaragoza. Les troupes de Zaragoza comptent 4500 hommes, contre 6000 pour l’expédition française, et elles ne possèdent ni l’équipement ni la discipline de l’armée de Napoléon III. Ce sont pourtant les guérilleros qui mettront en déroute la puissante armada tricolore. Près de 500 morts côté français, contre 83 côté mexicain. Le cinco de mayo est jour de fête et de fierté pour les Mexicains, celle d’avoir vaincu l’Empire français.

A la fin des années 1850, le Mexique vit une lutte acharnée entre conservateurs et libéraux. Benito Juarez, indien zapotèque et libéral réélu président de la république en 61, décide que le Mexique a d’autres priorités que le remboursement de la dette contractée auprès des Anglais, des Espagnols et des Français. Les 3 nations européennes s’embarquent alors dans une expédition punitive contre le Mexique. Mais Napoléon III a autre chose en tête que la dette. Il souhaite prendre possession du Mexique afin d’en faire une puissance industrielle capable de rivaliser avec les USA, et approvisionner la France des fabuleuses richesses naturelles du pays. Lorsque l’Angleterre et l’Espagne découvrent les véritables intentions françaises, elles se retirent.

Malgré la retentissante victoire/défaite (selon le point de vue) de Puebla, Maximilien de Habsbourg, marionnette de Napoléon III, se fera nommer Empereur du Mexique en juin 1864. Bien que les conservateurs assurent les Français du bon accueil du peuple mexicain, l’Empereur aura, durant son règne, toutes les peines du monde à faire régner l’ordre dans ce pays vaste comme 4 fois la France.

En ces temps troublés à la fois par l’invasion étrangère et par la lutte acharnée que se mènent libéraux et conservateurs, les bandits pullulent dans les villes et les campagnes. Certains volent aux riches pour donner aux pauvres. D’autres volent aux pauvres pour donner aux riches… ou pour garder pour eux. Parmi ces derniers figure Juan Chávez, un bandolero d’Aguascalientes. Bâtard né d’un grand propriétaire et d’une servante, il n’héritera de son père que son physique et ses opinions conservatrices. Durant l’occupation française, « l’idole des dévotes », se mettra au service des troupes étrangères. En avril 1863, il attaque ainsi Aguascalientes aux cris de « Vive la religion ! ». En juin, un nouvel assaut est repoussé. En décembre Chávez et l’armée française occupe la ville. Le bandolero sera même nommé gouverneur de l’Etat avant d’être démis de ses fonctions fin février 64. Il retourne alors à sa vie de bandit, accumulant selon la légende un fabuleux trésor… Il mourra des lances de deux de ses compagnons début 69.

Deux ans plus tôt, Maximilien avait été jugé et fusillé… avec les rêves américains de Napoléon III.


1 : JDD le 29 mars 2008

4.5.08

les 4 mois de Quetzalli

























































Si Quetzalli prend du poids, 5,5kg à 4 mois, elle rétrécit...
Selon les mesures d'une précision toute mexicaine, elle a perdu 2 cm en un mois et ne mesure plus que 59 cm!!!

3.5.08

Le Poulpe au Mexique : Hasta la Victoria !

Chaque samedi, Rue89 publie une nouvelle histoire du Poulpe, la série de polars créée en 1995 par Jean-Bernard Pouy. Le 19 avril, Lecouvreur allait pour la première fois à l’étranger! Cap au Mexique. Ciudad Juarez. La ville où les femmes se font assassiner par centaines.

Non identifiée Fée marraine Fée Traîtres aux carrefours présomptueux Brûlée Amour Bâillonnée Attachée La tête recouverte d'un sac plastique Des yeux pour les fées Sourire de communicateurs transis dans la poche des puissants. Violée Poignardée Souillée A moitié nue Glorification de l'horreur Étranglée Fée Fée Frappée NON IDENTIFIÉE.

L’écriture de Juan Pablo de Avila oscillait entre poésie et rapport d’autopsie. Son recueil Des yeux pour les fées, un fanzine photocopié, était un hommage aux mortes de Juárez.
« Prends ça comme ton cadeau d'anniversaire » avait dit Pedro. Il m’envoyait au Mexique enquêter sur la mort de la fille d'un de ses camarades de 36. Lupita venait d'être retrouvée dans une décharge. J'avais avalé la moitié des rapports d'Amnesty International, parcouru
lacitédesmortes.net et lu de nombreux articles que La Jornada (1) avait consacrés à Ciudad Juárez. Tous mettaient en avant les dysfonctionnements de l'enquête qui n'avaient jamais inquiété les élites.

Dès mon arrivée, la ville d’entre deux mondes m’assomma. Un million et demi d'habitants, l'un des points frontaliers les plus traversés de la planète. Près de 150 000 passages par jour et un soleil de plomb. La sœur siamoise d'El Paso, à cheval entre le Mexique et Gringolandia, est le théâtre d'un féminicide. Depuis 1993 près de 450 femmes ont été tuées, beaucoup mutilées, certaines violées… Il y a autant de disparues ! Pourtant les autorités ne reconnaissent que 271 cas. Aucun n'a été résolu de manière satisfaisante… Le gouvernement fédéral et celui de Chihuahua ont montré plus de zèle à fustiger les tenues provocantes des victimes, qu'à mettre fin aux violences.

J'ai retrouvé le camarade de Pedro, Fernando, au siège de l'association « Nuestras Hijas de Regreso a Casa » (2), au sud de la ville. La rue longeait un terrain vague appartenant à l'une des 400 maquiladoras de Juárez. Beaucoup des victimes travaillaient pour ces usines tournevis. Nando et Norma, l'une des fondatrices de l'association, m'ont guidé dans la ville. Collés au premier monde s'entassent les bidonvilles, réservoirs humains corvéables à merci que les Ford, Thomson, Siemens, Electrolux, broient à tour de bras. Une main d'œuvre aussi inépuisable que leurs profits transnationaux. « Près de 80% des habitants viennent de l'intérieur du pays… beaucoup de femmes, attirées par un emploi à 6 dollars par jour ! », m’avait expliqué Norma.

A la nuit tombée, en arpentant les rues du centre, j'avais été assailli par une nuée de gamins qui offraient leur services pour une poignée de pesos : cireurs de pompes, suceurs de queues... Souvent défoncés à l'éther, la coco ou la piedra (3). Des filles de 12 ans, à la féminité outrancière vendaient leur corps aux jeunes gringos venus s'éclater de l'autre côté de la frontière ! Nando m’a aussi montré la face bling bling de Juárez, ses quartiers résidentiels au nord-ouest de la ville. L'endroit de la médaille. Près du tiers des 300 tonnes de blanche entrant chaque année chez l'Oncle Sam passe par ici. Si le trafic de drogue ronge la peau sur les os des pauvres c'est pour mieux nourrir les maîtres de la ville. Villas tape-à-l'œil et discothèques style narco-architecture. Des 4x4 énormes sans plaques, aux vitres fumées. Partout, des gorilles à lunettes noires et armés. Le Cartel tient Juárez par les couilles. Au-delà de la ville, il y a les ranchs où l'élite organise ses parties pas si fines, autour de pots de vin.

Lupita, comme beaucoup de ceux qui se battent pour que justice soit faite, avait reçu des menaces. « Profite de la vie tant que tu peux. » avait été la dernière. Elle étudiait le droit et militait avec Norma depuis 2 ans. Elle se battait pour que les femmes puissent à nouveau vivre à Juárez et plus seulement y mourir. « Bientôt quinze ans d'impunité, avait soufflé Norma. Ou cinq siècles, car il y a dans le sort des femmes de Juárez un peu de la malédiction de La Malinche ». Cette jeune indienne avait été offerte aux conquistadors à leur arrivée. Une fois baptisée elle devint l’interprète de Cortés et sa maîtresse. Ses connaissances facilitèrent la conquête du Mexique. Nando avait ajouté que « pour certains, La Malinche est la mère du Mexique métis. Mais dans la langue populaire elle est la mère de tous les maux, la catin vendue à l'étranger. » De la conquête espagnole à l'esclavage industriel demeure cette culpabilisation de la femme.

Avec le vieil anar on a croisé une manif pro-vie. Il m'a expliqué la double morale chrétienne qui ici réclamait le droit à la vie depuis sa conception, mais qui laisse mourir les femmes dans la clandestinité de l'avortement. L'impunité que vomit Juárez se nourrit du mépris qui fleurit à l'ombre de l'église. Pourtant même Norma, par respect pour la croix qu'elle porte, ne le reconnaîtra pas.

Cheryl n'aurait pas aimé Juárez et ses cantinas, ces bars souvent interdits aux femmes… Moi j'appréciais la bière : allez patron encore une Victoria ! Après quelques jours, je ne savais plus si c'était moi qui secondais Nando dans sa traque du meurtrier ou si c'était lui qui m'accompagnait dans cette enquête étouffante. Peut-être est-ce la ville elle-même qui tue ? Pourtant chaque victime a bel et bien rencontré la mort en chair et en os… Plus une série de tueurs qu'un tueur en série.

A mon retour au Pied-de-Porc, un article de La Jornada annonçait la mort d'un mec à Juárez. Patron des pompes funèbres La Paz et petit dealer, c’était un compagnon de route de certains cadres du Cartel et de l'équipe municipale. Il avait été retrouvé dans le parc Hermanos Escobar. Pedro me lança un sourire. Il n'y avait rien à dire.


(1) : Sorte de Libé mexicain
(2) : Puissent nos filles rentrer à la maison
(3) : Cailloux de crack