25.2.08

Pour ses deux mois...

Quetzalli commence à faire ses nuits pour le plus grand plaisir de ses parents.



Elle a encore pris du poids et pesait le 22 février 4,1kg pour 51cm.






Elle a aussi eu la visite de son grand-père Jean (à qui on doit la photo ci-dessous), de sa tante Clem's et de son tonton Thibs.

Vous découvrirez bientôt les images de ces rencontres...

CARTES MEXICAINES, POLY, JANVIER 2008

Histoires de bus

La doyenne de l’Etat d’Aguascalientes allait fêter ses 107 ans dans trois semaines et espérait devenir la doyenne des Mexicains. Elle a été renversée et tuée par un autobus qui roulait trop vite. (1)

Voilà presque une demi-heure que j’suis là, à l’ombre d’un panneau bleu, l’arrêt de bus. En face, à l’entrée du marché couvert s’entassent les cages et les oiseaux. A l’intérieur se succèdent les stands de fleurs. Il y des couleurs, du bruit et du monde. Bien que les bus passent, s’arrêtent, je ne vois toujours pas venir le mien. Dans l’entrebâillement de la fenêtre d’un bus à l’arrêt, une femme a passé la tête. Elle fixe la tiendita (2) où on vend des glaces. Un sourire illumine son visage. Un jeune homme en bras de chemise monte dans le bus, une glace à la main et la lui tend. Il reprend le volant et démarre. Alors qu’il s’insère dans le flot de la circulation, un autre bus, aux chromes étincelants, le dépasse et ne marquera pas l’arrêt. C’est le mien ! Sur le cul de ce 6, l’ombre dessinée d’une sorcière prend son pied sur un balai. Elle poursuit sa course d’un hoquet de changement de vitesse. L’ensorceleuse se fout de moi.

Le soleil tape fort. Comme toujours, les Mexicains sont assis du côté de l’allée. Les places sont à prendre au soleil. Ça roule, ça tangue dans les virages, ça secoue sur les topes (3). Les arrêts ne sont pas tous de rigueur, mais le bus dépose et prend ses passagers aussi entre les panneaux bleus. Le bus se gare un peu avant de croiser le segundo anillo (4). Le chauffeur descend. Les regards suivent les faits et gestes du gars à moustache et marcel blanc. Il entre dans une maison après quelques mots échangés avec un jeune qui tient les murs. Quelques secondes et revoilà notre chauffeur, une bombonne d’eau sur l’épaule. Il la pose derrière son siège et le bus reprend sa course dans le râle de l’embrayage.

La nuit est déjà tombée. Un bus arrive… trop tard pour le chopper à l’arrêt. Je marche jusqu’au bord de la route et lève le bras. Le bus vient se garer devant moi. Je souffle une dernière taffe de la cigarette à peine allumée, et grimpe à bord. Un mec est assis sur une caisse, à coté du chauffeur. Leurs chemises sont ouvertes. Un rideau bleu à liseré blanc descend sur la moitié du pare-brise. Une forte odeur d’encens me prend aux nez. Je donne 5 pesos. Gracias. Les veilleuses aussi sont bleues. Quelques volutes montent des clopes des deux compères. Je m’assois juste derrière. La paroi métallique qui cache le chauffeur est ornée d’une vierge de Guadalupe. Au dessus est replié un hamac coloré. La cumbia (5) se faufile jusqu’aux rares passagers. Un peu plus loin le pote du chauffeur se retourne : « Y’en a qui vont à droite ? » Personne ne réagit et le bus continue droit devant, évitant la boucle de la ligne 6, dans un crissement mécanique. Le bus bleu ne passe pas pour tout le monde.

1 : Brève lue dans les DNA (Dernières Nouvelles d'Alsace!) fin novembre

2 : Petit magasin, constitué d’une pièce unique

3 : Dos d’âne… très nombreux dans les villes

4 : Deuxième anneau, voie périphérique de la ville

5 : Musique dansante d’origine colombienne, très appréciée au Mexique

1.2.08

sueñito después del paseito







CARTES MEXICAINES, POLY, SEPTEMBRE 2007

La vie en scène

Le théâtre de l’opprimé est un système d’exercices physiques, de jeux esthétiques, de techniques d’images et d’improvisations spéciales, dont le but est de sauvegarder, développer et redimensionner cette vocation humaine, en faisant de l’activité théâtrale un outil efficace pour la compréhension et la recherche de solutions à des problèmes sociaux et personnels. (1)

Augusto Boal

Il fait encore chaud ce 24 août lorsque la voiture de patrouille emmène Lupita au commissariat San Pablo. Quelques minutes plus tôt, à deux pas de la cathédrale, autour de la table de l’association Gays en acción positiva, quelques préservatifs ont volé. Lupita s’indignait de ce déballage honteux en public. Elle défendait avec conviction la foi et la fidélité contre le Sida, seule contre l’avis des passants. Un père, avec son jeune fils, tentait de lui expliquer le bien-fondé de la démarche militante. Lorsqu’elle a jeté les capotes et les tracts, la police l’a embarquée. Problème ! Lupita fait partie de notre groupe de théâtre de l’invisible… Bien que ce jeu de rue suppose qu’on ne dévoile jamais sa face cachée, nous en avons informé les policiers. Pour préserver leur masque d’autorité ils embarquèrent tout de même Lupita, avant de la relâcher peu après.

Le théâtre de l’invisible est l’une des techniques du théâtre de l’opprimé décrites par Boal dans les années 70. Pour lui, Aristote a étouffé la vocation présente en chacun de nous. En séparant le peuple-spectateur et l’aristocrate-acteur, le tragédien de l’antiquité a fait du théâtre une catharsis, un moyen de purger le spectateur de ses mauvais penchants. Pour Aristote l’art, comme la science, doivent suppléer la nature dans son mouvement vers l’idéal.

Boal, lui, a créé la scène d’un contexte révolutionnaire… Un théâtre conçu pour ces périodes où les repères moraux s’effritent, à la recherche d’une nouvelle culture. Un théâtre qui redescend dans la rue ou fait monter le spectateur sur scène. Théâtre-.journal, théâtre-image, forum ou de l’invisible… en sont des déclinaisons.

L’un des groupes du stage avait choisi le thème du Sida pour parler de ce qui d’ordinaire est tu. L’Etat d’Aguascalientes se targue d’être la terre des bonnes gens. Mais c’est aussi l’un des plus réactionnaires. Pourtant, loin des discours convenus de la masse, des médias, les hydrocalidos se sont montrés solidaires des gays et lesbiennes. La plupart des participants à l’atelier, comme les militants associatifs qui ont joué le jeu, ont été surpris par leurs concitoyens… Le théâtre de l’invisible ne cherche pas à vérifier la prévisibilité des gens. Les acteurs et le public vivent une situation imaginée, mais inspirée de la réalité. L’expérience est riche pour les spectateurs qui deviennent, un instant, acteurs de la vie, comme pour les acteurs parfois embarqués au bout d’eux-mêmes… et de leur personnage.


1 : extrait de Théâtre de l’opprimé, d’Augusto Boal, La Découverte/Poche