26.1.08
CARTES MEXICAINES, POLY, NOVEMBRE 2007
Le don de CervantèsBonne après-midi à tous. Nous sommes un peu en retard et nous vous demandons de bien vouloir nous excuser mais nous nous sommes heurtés à des géants multinationaux qui voulaient nous empêcher d’arriver. Le major Moisés nous dit que ce sont des moulins à vent, le commandant Tacho que ce sont des hélicoptères. Moi je vous dis que vous ne devez pas les croire : c’étaient des géants. (1)
Si je n’ai pas encore vu de moulins au Mexique, j’y ai vu de ces gens qui brassent de l’air… ceux qui se prennent pour des géants, et regardent les petits avec mépris.
Ce n’est certainement pas un hasard si le chevalier de Cervantès s’est attiré tant de sympathie au Mexique, et plus largement dans toute l’Amérique Latine. A travers les communiqués de presse de l’EZLN, le sous-commandant Marcos en a fait l’une de ses références récurrentes, à travers un petit scarabée qui se fait appeler Don Durito de
Le 1er janvier 1994, l’équipement dépareillé de l’EZLN valait bien l’armure du gentilhomme à la triste figure. Si les rôles s’inversent parfois entre don Durito et son fidèle écuyer, ce sont pourtant les indigènes qu’incarne le « petit dur ». Ce sont ces visages longtemps invisibles, ces tristes figures du Chiapas, que cachent les passe-montagnes. Comme le chevalier de
Le mois dernier pour le 40e anniversaire de la mort d’Ernesto Guevara, chacun y a été de sa définition : ange ou démon, fou ou poète… l’autre, le différent. Une ressemblance entre les deux figures révolutionnaires. Le médecin argentin parmi les barbudos de Cuba. Le métis lettré parmi les mayas du Mexique. L’autre… la possibilité d’un dialogue qui reconnaît la souffrance jusqu’alors niée : « la gâchette de l’espoir » comme l’écrit le porte-plume zapatiste. Une gâchette qu’il faut savoir presser, comme Nanni Moretti dans son Journal intime, contre ceux qui ont perdu leur révolte : « Vous criiez des horreurs et vous êtes devenus moches ; moi, je criais des choses justes et je suis un superbe quadragénaire ! »
Le secret pour garder son sang chaud, celui qui coule dans les veines ouvertes de l’Amérique Latine, et dans celles de tous les don Quichotte… d’hier, aujourd’hui et demain.
1 : Extrait du discours d’ouverture des premières rencontres Intergalactiques initiées par l’EZLN en 1996.
2 : Michel Foucault, Les mots et les choses, éditions Gallimard, 1966.
Les illustrations sont de Alejandro Swain... merci à lui
20.1.08
15.1.08
Quetzalli dans tous ses états
Carte mexicaine - Poly mai 2007
Jean Charlot
Les élégantes ne déambulent plus depuis longtemps dans les rues de Mexico. Les scènes d’exécutions et d’émeutes populaires qui hantaient le Mexique au passage du XXe siècle, ont cédé la rue aux automobiles, à la pollution et aux hommes pressés. Pourtant il reste de cette époque des images encore vivantes, palpitantes : les gravures de José Guadalupe Posada.
Moins connu que le couple révolutionnaire Frida Kahlo – Diego Rivera, Posada a pourtant marqué le Mexique de son empreinte indélébile. Asséchant son trait jusqu'à l’essentiel, ce précurseur a su exprimer à la fois l’atmosphère d’une époque et le caractère d’un peuple. Caricaturant du fil ténu de ses calaveras (1) la bourgeoisie, l’illustrateur de nombreux journaux donnait à voir aux Mexicains, encore largement illettrés, les excès dictatoriaux du régime de Porfirio Diaz (2).
Posada est né et a fourbi ses armes à Aguascalientes (3). A 19 ans, en 1871, il rejoint le journal du lithographe et pamphlétaire Trinidad Pedroza, El Jicote, à une époque de grande agitation de la cité. Il s’illustre déjà par la puissance de ses dessins, prenant part au bouillonnement social. En 1888, il gagne la capitale. L’effervescence politique y coule des artères de la ville à ses veines et se grave, par la magie de son art, jusque dans la mémoire collective du peuple. Son oeuvre évoque un regard aussi aiguisé que la pointe de son burin ; regard porté sur le siècle et le régime finissants, au travers de la baie-vitrée de son atelier. A sa mort, en 1913, il lègue au Mexique plus de 15000 gravures, parmi lesquelles la fameuse Catrina. Malgré sa renommée, il mourra seul et misérable, enterré dans une fosse commune, squelette parmi tant d’autres, comme il l’avait lui-même prédit.
Un siècle plus tard, les dictatures se sont succédées puis diluées dans les urnes, mais certains excès demeurent aussi encrés que les œuvres du maître. La dépénalisation de l’avortement en débat dans la capitale provoque l’ire de la réaction. Des groupes fascistes menacent de mort certains députés pro-avortement. L’Eglise écrase de son poids moral une république néanmoins laïque et la droite parade sous les couleurs du Vatican. Les avortements clandestins représentent pourtant la cinquième cause de mortalité des Mexicaines ! L’élégante Catrina aurait-elle, aujourd’hui, pris place dans ce long cortège funèbre ? Les cadavres aux sourires exquis de Posada auraient-ils pris part au débat acharné pour le droit des femmes à disposer de leur corps et de leur avenir ? Les eaux fortes du graveur hidrocálido (4) trouveraient certainement dans cette mascarade cynique une nouvelle source d’inspiration pour leur personnage favori : la mort.
1 : Têtes de mort et par extension les squelettes
2 : Président de 1876 à 1910
3 : Un superbe musée lui rend hommage
4 : habitant d’Aguascalientes
2.1.08
1er janvier à El Encino
Afin de s'attirer de bonnes grâces, certains courent 42km, d'autres les encouragent, d'autres enfin défilent ou dansent...
Plus tard, alors que la nuit était tombée, d’autres bruits nous ont fait sortir de notre antre. Cette fois, le défilé était bien plus lent. De petits groupes de gens sur leur 31 défilaient derrière des banderoles à la gloire de Dieu et de l’Église et au son des fanfares. Il y avait aussi des chars – souvent surprenants- qui déversaient clichés et discours en l’honneur de Jesus.
Amen
Une voix “neuneue”
"Sons plus aigus, mots détachés, intonations exagérées,
les parents utilisent un langage spécifique pour s’adresser aux enfants qui ne parlent pas encore.
Les scientifiques s’intéressent de plus en plus à ce discours qui aiderait les petits à apprendre le langage.
Est-il propre aux humains ?"
En tant que nouveaux parents on nous a fait, et nous nous sommes fait, cette remarque sur le ton "neuneu" ou "gaga" de la voix qu’on utilise pour s’adresser à Quetzalli. Pourtant, loin de perdre les pédales devant l’enfant, nous laissons simplement et inconsciemment parler notre instinct…
"Greg Bryant et Clark Barrett, de l’Université de Californie, ont enregistré des mères nord-américaines s’adressant à leurs petits ou à des adultes. Ils ont ensuite fait entendre ces enregistrements à des villageois équatoriens. Dans 73% des cas, les villageois sud-américains –qui ne parlent pas anglais- reconnaissaient le langage destiné aux enfants. Ils étaient également capables de saisir, d’après le ton, la signification globale du message : mise en garde, approbation ou interdit, par exemple."
Un instinct humain, voire animal…
On pensait que ce n'était destiné qu'à apaiser les craintes des mères, mais ce langage permet également d’attirer l’attention des petits singes et d’entrer en contact avec eux.
On va pouvoir continuer à parler à notre puce avec cette voix de neuneus !
Citations tirées du Nouvel Obs
