30.12.07

Ça pousse...

la puce...


la plante!

Carte mexicaine - Poly juin 2007

La maman et la putain

COUP DE GRÂCE VIOLÉE Étranglée transpercée d’une balle Non identifiée Fée marraine Fée Traîtres aux carrefours présomptueux Brûlée Amour Bâillonnée Attachée La tête recouverte d’un sac plastique Des yeux pour les fées Sourire de communicateurs transis dans la poche des puissants. Violée Poignardée Souillée
A moitié nue Glorification de l’horreur Étranglée Fée Fée Frappée NON IDENTIFIÉE
(1)

A Ciudad Juarez dans l’Etat de Chihuahua, depuis 1993, plus de 400 femmes ont été torturées, violées puis sauvagement assassinées. Le nombre des disparues s’élève à plus de 600! Malgré la mobilisation nationale et internationale, les gouvernements de l’Etat et du Mexique ne semblent toujours pas pressés d’élucider les meurtres. Il y a quelques années un politicien n’hésitait pas à fustiger les tenues indécentes des victimes.
Elles avaient entre 12 et 29 ans. Elles étaient pour la plupart ouvrières dans les nombreuses maquiladoras. Ces usines de production, attirant une main-d’œuvre aussi inépuisable que les profits des transnationales, ont fait de la ville l’une des plus peuplées du pays. Située à la frontière avec les USA, Ciudad Juarez est un pont entre deux mondes.
Il y a dans le sort des femmes de Juarez un peu de la malédiction de La Malinche. A l’arrivée d’Hernán Cortés en 1519, cette jeune indienne fut, avec 19 autres jeunes filles, offerte aux conquistadors. Baptisée Marina, elle parlait le nahu
atl (2) et le maya (3) et devint vite l’interprète de Cortés… et sa maîtresse. Elle lui donna un fils illégitime, Martín. Les connaissances de Doña Marina facilitèrent la conquête de la Nouvelle Espagne, mais une fois Tenochtitlan (4) soumise, Cortés la délaissa.
Le mythe véhicule l'opinion contradictoire du peuple mexicain sur la condition de la femme. Pour certains La Malinche est la mère du Mexique métis. Mais dans la langue populaire elle est la victime consentante, celle qui a vendu son pays et son corps.
Une autre figure féminine de l’imaginaire mexicain peuple la frontière de deux mondes. Celle de La Llorona, ce spectre de femme qui hante les nuits mexicaines de ses cris déchirants. Dans la légende d’origine indigène, La Llorona était la déesse
Cihuacóatl professant la fin de l’Empire Aztèque et pleurant la mort de ses enfants. Une autre interprétation y décèle l’esprit de La Malinche, condamnée aux larmes éternelles pour avoir livré son peuple à Cortés.
De la conquête espagnole à l’esclavage industriel, demeure cette culpabilisation de la femme. La mère de tous les maux, la catin vendue à l’étranger. Pourtant de Chihuahua au Chiapas des femmes se lèvent pour leurs droits. Pour effacer ces images qui parfois peuvent tuer… des salles d’avortement clandestin aux ruelles sombres de la cité des mortes. Ecoutez ! des pleurs résonnent encore cette nuit. Ce sont les larmes de Juarez.


(1) : Extrait de DES YEUX POUR LES FÉES de Juan Pablo de Avíla, sorti en 2003. Le poème fait référence aux meurtres de Ciudad Juarez.

(2) : Langue officielle de l’empire Aztèque jusqu’à sa chute en 1521

(3) : Les mayas occupent le sud du Mexique et le Guatemala.

(4) : Nom de la capitale Aztèque, devenue Mexico.

28.12.07

Fais dodo petite Quetzalli...






Maman est en haut,
qui donne du lolo...









... papa est en bas,
qui devient gaga !

27.12.07

Jesus et la plante capable de résurrection

Notre ami Chuy, Jesús de son vrai nom, est venu nous rendre une petite visite afin de rencontrer Quetzalli. Il n'est pas venu les mains vides. Il nous a apporté une plante magique... une rose de Jéricho (flor de Jerico o flor de peña, en español). Tout comme l'antique cité, cette plante a la capacité de renaître sans cesse (ou presque).
Wikipedia, l'encyclopédie libre sur internet, nous apprend que "adaptée au milieu désertique la Rose de Jéricho possède la capacité de pouvoir se passer d'eau durant une période de 50 ans en se desséchant jusqu'à ne conserver que 3% de sa masse.
Pendant de longues périodes, cette rose vit et se reproduit dans des régions désertiques, comme une plante normale, jusqu'au moment où elle ne supporte plus les conditions. Lorsque les fleurs et les feuilles sont mortes, et la plante a complètement séché, les tiges se retirent, formant une boule. Les racines lâchent et le vent du désert emporte la plante, jusqu'à ce qu'elle trouve un nouvel endroit humide où elle peut continuer à pousser. La boule se déploie et jette ses graines, qui vont germer. Lorsque ces jeunes plantes reçoivent de l'eau, elles vont très vite bourgeonner. On pourrait dire que cette plante 'étudie' son environnement, puisqu'elle ne s'arrête pas nécessairement au premier endroit humide. Elle attend de ressentir si l'environnement est approprié à sa survie, sinon, elle poursuivra son voyage."
Quand elle est arrivée à la maison, ce n'était qu'une boule. On lui a donc donné de l'eau et petit à petit on l'a vue s'ouvrir et verdir (voir les photos). Vraiment magique cette plante!
Au Mexique, on dit que cette Sélaginellacée apporte le bonheur dans la maison, la fortune...
Merci Jesús pour cette plante capable de résurrection.



photo 1: à 11h18, le 27 décembre
photo 2: à 13h
photo 3: à 14h11

24.12.07

Naissance de Quetzalli



Et bien voilà, avec près d'un mois d'avance sur la date prévue, Quetzalli est née le 23 décembre 2007 à 6h43. Elle pesait 2,2kg pour 44cm...
Nous avons en charge de la mener vers la vie qu'elle se choisira... vers sa propre liberté.
C'est en tous cas le plus beau cadeau de Noël que nous ayons jamais eu...



D'où vient ce nom?

Le Quetzal (oiseau sacré des Maya et symbole national au Guatemala).
Quetzal vient du nahualtl "quetzalli" qui signifiait d'abord la magnifique queue de l'oiseau avant de désigner l'oiseau lui-même...



"Il meurt quand on le met en cage:
c'est pourquoi il est symbole de liberté."



3.11.07

Carte mexicaine - Poly décembre 2007

Des morts si présents

Naissance et mort étaient donc aux yeux de ces naturels des célébrations allant de pair, des événements également dignes d’honneur et d’allégresse. Je me souviendrais toujours de la première cérémonie funéraire à laquelle nous assistâmes : nous y vîmes une célébration du commencement et de la continuité de toutes choses, pareille à celle de la naissance. La mort, proclamaient les visages, les gestes, les rythmes de la musique, est l’origine de la vie, la mort est la première naissance. Nous venons de la mort. Nous ne pouvons naître si quelqu’un avant nous n’est pas mort par nous, pour nous. (1)
Carlos Fuentes

2 novembre, les Mexicains fêtent les morts. Au cimetière de La Cruz une famille a planté un parasol bleu. Dans les allées fleuries, des gamins courent grimés en petits monstres, en fantômes ou en vampires. Sur les tombes sont disposés les goûts du défunt : un paquet de cigarettes, une bière ou son plat préféré. Des mariachis vendent leur musique. Un jeune homme, veste en jean, a posé son lecteur de CD et la chanson réunit les séparés. Un ado, portable à la main, immortalise la famille autour de la tombe. Ils sourient. Ils sont venus partager un moment avec un disparu, lui rendre chair un instant.

De l’autre côté des murs du cimetière s’étendent les étales du marché des morts. Des squelettes se balancent, entament avec une Catrina de Posada, une danse frénétique. Des calaveras (2), maître d’école, musicien ou simple buveur miment les vivants sur les tables des marchands. Des crânes en sucre semblent fleurir en couleurs. D’autre crânes, de petits verres à tequila, regardent de leurs yeux mobiles la vie qui se bouscule dans les allées du marché. Il y a aussi les stands de bouffe, de jouets en bois et en plastique, de masques des terreurs du cinéma… et Mister Jack.

Dans une école, les salles de classe sont transformées en autel. Des cempasúchil, fleur aux pétales oranges, guident les morts jusqu’aux offrandes. Des bougies éclairent la scène et la photo de celui qu’on célèbre. Plus loin c’est une élève maquillée en Catrina qui accueille les visiteurs à l’entrée des salons des horreurs. Les jeunes y jouent des scènes à donner des sueurs froides aux plus petits et quelques frayeurs aux plus grands.

Un mois plus tôt, le 2 octobre, ce sont d’autres morts qui sont honorés… ceux du « mai 68 » mexicain. Les premiers jeux olympiques organisés dans un pays du « tiers-monde » s’ouvrirent par le massacre de plusieurs centaines de manifestants, dont de nombreux étudiants. Ils ne sont qu’un peu plus de 300 à s’être retrouvés sur la place principale d’Aguascalientes cette année. Mais comme les 2 novembre, ils ne pleurent pas leurs morts, mais leur redonnent vie… en leur offrant la parole.

Dans la cour de l’école, un panneau illustré de textes, de photos et d’articles d’époque clame ce cri contre l’impunité : el 2 de octubre no se olvida ! (3)

1 : Les deux rives de Carlos Fuentes, folio bilingue, Editions gallimard

2 : squelettes

3 : le 2 octobre ne s’oublie pas !

blog en chantier

Bienvenus sur notre blog. Dans notre rue... plus bas il y a ce mur décrépit.